VIH : une étude pour évaluer l'efficacité d'un traitement préventif chez les homosexuels

Quatre centres français participent à une étude européenne visant à déterminer, chez les couples homosexuels masculins sérodiscordants, l’efficacité d’un traitement antirétroviral précoce dans la prévention du risque de transmission du VIH. Les résultats sont attendus pour 2014.

Un des volets de l'étude Partner évaluera l'efficacité d'un traitement antirétroviral à prévenir la transmission du VIH chez les couples homosexuels sérodiscordants.

L’étude HPTN 052¹, dont les résultats avaient été publiés en mai 2011, a montré que l’administration précoce d’un traitement antirétroviral aux patients séropositifs au

VIH ayant des rapports sexuels avec des personnes non contaminées réduisait la charge virale au point qu’ils n’étaient plus contagieux (-96 %). Cette annonce a conduit

l’Organisation Mondiale de la Santé et les États-Unis à modifier leurs recommandations² auprès des couples hétérosexuels dont l’un des partenaires est séropositif.Mais l’étude ayant essentiellement inclus des couples hétérosexuels, les données concernant les homosexuels, et notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, étaient insuffisantes et n’ont pas permis aux auteurs de conclure pour ces couples. Des Anglais ont donc décidé de poursuivre l’étude et d’inclure davantage de couples homosexuels masculins, dont les

risques en matière de transmission du virus sont supérieurs à ceux des couples hétérosexuels.Des rapports sexuels pas toujours protégésCoordonnée à Copenhague, l’étude PARTNER compte à ce jour environ 780 couples, soit plus de la moitié des 1 300 couples sérodiscordants que les chercheurs souhaitent inclure. Ces couples ne doivent pas nécessairement être homosexuels, mais doivent être composés d’un partenaire séropositif au VIH sous traitement antirétroviral, et d’un partenaire séronégatif. Même s’il est rappelé dans le protocole de l’étude que le port du préservatif reste le meilleur moyen de

prévention de l’infection par le VIH, l’un des critères de sélection de ces couples est le fait qu’ils aient eu des rapports non protégés au cours du mois dernier. L’objectif est d’approfondir les connaissances sur la transmission du VIH et surtout de montrer que, comme chez les couples hétérosexuels sérodiscordants, la mise en œuvre précoce d’un traitement antirétroviral réduit à presque zéro le risque de transmission du virus, explique à Doctissimo le Pr Christian Pradier, coordinateur de l’étude en France et chef du département de santé publique au CHU de Nice.Outre cet établissement, trois autres centres français participent à l’étude : l’hôpital Tenon et le Centre 190 à Paris, ainsi que le CHU de Nantes. Les recrutements sont en cours, mais ne sont pas sans difficultés. “Nous avons besoin de trouver des couples sérodiscordants ayant des rapports non protégés bien qu’il soit conseillé de se protéger. Or, c’est une question que beaucoup de patients ne veulent pas aborder avec leur médecin“, souligne le Pr Pradier.Changer de de modèle de préventionEn Ile-de-France et en région PACA, les plus touchées par l’épidémie de sida, un homme homosexuel sur cinq est porteur du VIH. Selon l’Institut de veille sanitaire, la contamination chez les jeunes homosexuels (15-24 ans) a été multipliée par 2,5 entre 2003 et 2011 en France. Des données qui font dire au Pr Pradier que “nous devons changer notre modèle de prévention car, visiblement, les méthodes classiques ne marchent plus dans les milieux “gays“ […]. Maintenant, il existe des traitements efficaces, qui ont moins d’effets secondaires et qui permettent d’avoir une vie normale et une sexualité sans peur“. Pour le chercheur, l’étude, si elle se révèle aussi concluante que chez les couples hétérosexuels, devrait révolutionner l’approche de la prévention chez les “gays“. “Si je suis séropositif, ce n’est pas catastrophique, je suis traité tout de suite et donc je suis protégé et je ne mets pas en danger mon partenaire“, analyse-t-il.Dire à des personnes dont les comportements sexuels les exposent à un risque élevé de contracter le VIH qu’un traitement pris précocement réduit de 96 % le risque de transmission du VIH ne risque-t-il pas d’aller à l’encontre des messages sanitaires de prévention ? “Absolument pas, affirme le Pr Pradier. Cela devrait au contraire inciter davantage à se faire dépister et inciter aussi les pouvoirs publics à innover et trouver des tests de dépistage plus simples et plus efficaces“. Pour autant, poursuit le chercheur, cela ne doit pas épargner une réflexion sur les “raisons profondes à l’échec de l’approche traditionnelle“. Un point de vue que partage Marc Frémondière, infirmier au

Centre 190. “Cela rendrait le dépistage moins stigmatisant“, assure-t-il, tout en soulignant que l’usage du préservatif devrait rester de rigueur, notamment pour se prémunir des autres

infections sexuellement transmissibles.L’approche préventive est coût-efficaceAutre problème qu’il faudra résoudre si l’essai est concluant : l’accès aux traitements. En effet, dans les régions du monde où la prévalence du sida est élevée, dépister et traiter précocement l’ensemble des personnes séropositives peut s’avérer compliqué et onéreux, reconnaît le Pr Pradier. Un obstacle qui pourrait toutefois être rapidement levé si les pays axent leur stratégie sur la prévention : il a, en effet, été récemment prouvé que cette approche préventive était coût-efficace, dans des travaux présentés au

XIXème congrès mondial contre le sida³ qui vient de s’achever à Washington.“Pour la première fois, nous avons une perspective positive : le modèle mathématique montre une disparition de l’épidémie de sida car, avec cette approche, il n’y aura plus assez de malades avec une charge virale élevée contagieuse“, s’enthousiasme le chercheur.Les résultats de l’étude européenne sont attendus d’ici 18 à 24 mois. Pour participer⁴, les volontaires, ainsi que leur partenaire, devront renseigner des questionnaires sur leurs comportements sexuels ensemble. Celui des deux qui est séronégatif devra se soumettre à un

dépistage régulier tout au long de l’étude. Tous les résultats sont confidentiels et anonymes.Amélie PelletierSources– Entretien avec le Pr Christian Pradier, coordinateur de l’étude PARTNER en France, chef du département de santé publique au CHU de Nice, le 31 juillet 2012. Pour être inclus dans le volet niçois, contactez le service infectiologie au 04 92 03 54 67.- Entretien avec Marc Frémondière, infirmier au Centre 190, le 1er août 2012.1. Initiation of Antiretroviral Treatment Protects Uninfected Sexual Partners from HIV Infection (HPTN Study  052) (téléchargeable sur le

site hptn).2. Guidance on oral pre-exposure prophylaxis (PrEP) for serodiscordant couples, men and transgender women who have sex with men at high risk of HIV – 

Recommandations accessibles en anglais.3. Expanded Analysis of HPTN 052 Study Results Show Cost-Effectiveness of Early Treatment of HIV, 27 juillet 2012 (téléchargeable sur le

site hptn).4. Traitement du virus VIH, transmission sexuelle et utilisations de préservatifs – une nouvelle étude pour les couples dont l’un des partenaires est séropositif et l’autre est séronégatif (

téléchargeable sur le site de l’étude Partner).Click Here: Putters

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *