Néo-chamanisme : attention aux dérives, prévient la Miviludes

Certaines dérives en matière de chamanisme font l’objet d’un long chapitre du rapport annuel de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et lutte contre les dérives sectaires. Dans le collimateur : certains abus de confiance et comportements à risques, avec en particulier l’usage de substances hallucinogènes potentiellement dangereuses.

 Du chamanisme ancestral au néo-chamanisme Le chamanisme désigne diverses sociétés religieuses traditionnelles pour lesquelles l’homme s’inscrit dans un tout : la nature, les autres êtres vivants, le cosmos, les dieux et les esprits, rappelle en préambule la Miviludes. Il est issu de traditions ancestrales, en particulier des Indiens d’Amérique. Le chaman est celui qui est “capable d’effectuer le voyage vers les esprits et de comprendre leur langage, ce qui explique que, pendant la transe, il utilise un parler incompréhensible pour le reste de l’assistance“.
 
 Ce chaman peut ainsi, en théorie, entrer en contact avec les esprits humains, mais aussi ceux de supposées entités supérieures, des arbres, des animaux, et des plantes. La communication avec ces dernières lui donne également le statut de guérisseur, ayant accès aux secrets médicinaux des végétaux. Le chaman exerce son activité par le biais de rituels pratiqués dans un contexte particulier : isolement, jeûne, rites de passage, ingestion de substances hallucinogènes qualifiées de sacrées, etc. Depuis les années 70 et l’apparition du mouvement New Age, un néo-chamanisme se développe dans le monde occidental, sous la forme d’un chemin personnel spirituel ou d’une thérapie se voulant proche de la nature, en communication avec les esprits. Les technologies d’aujourd’hui -internet, téléphone mobile- ont donné un nouvel essor à l’offre de néo-chamanisme, en particulier sous la forme de stages-voyages initiatiques, exposant un public plus large aux possibles dérives de ces pratiques.

 Des stages ou séminaires sous influence ? Les séminaires ou stages chamaniques à l’étranger actuellement proposés (“tourisme chamanique“), notamment sur internet, peuvent comprendre l’ingestion de produits hallucinogènes à base de plantes (ayahuasca, iboga…), classées comme stupéfiants et illégales en France. Ces plantes, données pour favoriser le “voyage chamanique“ lors de “rites initiatiques“, sont administrés sans contrôle médical ni soutien psychologique. Pourtant, elles peuvent provoquer des hallucinations dangereuses pour la santé mentale chez certains individus, à l’instar de ce qui se produit après

ingestion de LSD. 

La Miviludes souligne que ces plantes, à l’origine utilisées à des fins purement thérapeutiques (voir notre article

Les drogues psychédéliques utiles en psychiatrie ?), sont dans ce contexte néo-chamanique détournées de leur but initial et peuvent induire des visions s’avérant extrêmement pénibles à supporter voire traumatisantes (déconnectées du cadre ancestral nécessaire), ainsi qu’une dépendance, au moins psychologique. Cette prise d’hallucinogènes peut également être accompagnée d’une diète “de purification“ et d’autres pseudo-prescriptions potentiellement déstabilisantes. Modifications de comportements avec les proches, rupture avec la famille, le milieu social, embrigadement des enfants, coût financier important, en particulier des voyages, dérives christiques et pharmaceutiques… Autant de dérives possibles se rapprochant de celles constatées dans les sectes.
 
 En conclusion, il convient d’être vigilant sur certains stages néo-chamaniques dont l’offre prolifère actuellement : vais-je prendre des substances ? Si oui lesquelles, sous quel contrôle, et puis-je vraiment les supporter ? Quels seront les autres rituels associés et les coûts réels ? Autant de questions qu’il faut donc au minimum se poser avant d’entreprendre, par exemple, un voyage comportant une exploration des pratiques chamaniques d’aujourd’hui. Le rapport de la Miviludes (le chapitre sur le chamanisme, très complet et comportant une analyse des pratiques pays par pays se trouve p. 29 à 93) : 

rapport2009_miviludes 
 
 Jean-Philippe Rivière
 
Source : Miviludes, Rapport au premier Ministre 2009, La Documentation Française,

téléchargeable en ligne
 
Photos :
 – Rituel chamanique traditionnel en Equateur, © Dolores Ochoa/AP/SIPA
 – Préparation de l’ayahuasca, Equateur, Heah (utilisateur Wikipedia)

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