Les nouvelles maladies infectieuses : quelles réalités, quels risques, quelles réponses ?

La menace infectieuse est depuis toujours un risque majeur pour l’homme. Entre fantasme et réalité, comment ce risque est-il perçu ? La menace d’une pandémie grippale est-elle réelle ? Réunis par la Fondation Roche dans le cadre des Rencontres Santé Société, des experts ont tenté de répondre à cette question.

Au cours des trente dernières années, 35 nouvelles maladies infectieuses, dont 26 d’origine virale, ont émergé à travers le monde : VIH, légionellose, prions, virus grippal H5N1, virus Ebola… Si certaines font cycliquement la Une des médias, agitant la menace, d’autres sont passées sous silence ou presque. Pour le Dr. Norbert Gualde, immunologiste, et professeur à l’Université Victor Segalen de Bordeaux, cette médiatisation entraîne une importante distorsion entre menace et réalité. Pour preuve, l’épidémie du sida à laquelle nous sommes confrontés depuis 25 ans n’inquiète plus guère le public malgré les mutations imprévisibles du virus.
Actualité du risque
Toujours selon le Dr. Norbert Gualde, la grippe aviaire n’est pas le principal risque auquel l’homme doit faire face aujourd’hui. Depuis l’apparition du virus H5N1, trois autres épidémies au moins ont menacé le monde : le SRAS, le chikungunya et la dengue. Tout peut arriver dans un monde où l’homme, mobile, est le vecteur principal de l’épidémie. Pire encore, l’homme pourrait bien être responsable des épidémies animales comme celle de la vache folle en nourrissant les ruminants avec des protéines animales contaminées.
Il faut toutefois relativiser ces risques, le système immunitaire de l’homme a évolué constamment au contact des microbes : c’est lorsque ce dernier se révèle déficient, comme chez les personnes âgées, que le risque s’avère plus important.
Prévision et géographie ?
Et si on cartographiait le risque ? Le Pr. Gabriel Wackermann, professeur émérite de Géographie humaine et économique estime, pour sa part, qu’il est possible de savoir où se situent les principaux risques infectieux et de prédire leur diffusion avec les nouveaux modes de transport humains.
Il attire notre attention sur le poids des cultures et des interdits religieux dans l’expansion des épidémies : il faut tenir compte des conditions de vie des populations et des barrières sociales dans l’appréhension de ces risques et dans la mise en place des stratégies vaccinales.
Impact économique
Une pandémie grippale aurait très certainement un impact sur l’économie mondiale mais il est extrêmement difficile de l’évaluer car tout dépend de l’incidence réelle de l’infection, des pratiques sociopolitiques, des réseaux de veille sanitaire des pays.
Marc Guillaume, professeur à l’université Paris Dauphine précise qu’un impact économique négatif n’est pas systématique, les paramètres étant trop nombreux pour évaluer une quelconque incidence sur le PIB. Il faut aussi se rappeler qu’il existe une grande inégalité mondiale et que l’épidémie frappe toujours plus violemment les pays les moins développés.
Gérer la peur
La peur est omniprésente dans la gestion de telles crises sanitaires. Ces épidémies créent de nombreux fantasmes et entraînent des conséquences parfois imprévisibles, comme par exemple la baisse de la consommation de poulet et de viande lors des crises associées. Ce sont de véritables peurs primaires et avant tout irrationnelles qui sont éveillées, nous explique Elisabeth Roudinesco, historienne et psychanalyste.
S’il est indispensable d’informer, face à la peur de la contamination, les explications s’avèrent parfois impuissantes à rassurer la population : tout réside dans le dosage et la forme de cette information. Pour qu’elle ne génère pas uniquement de l’angoisse mais permette d’initier une prise de conscience et de réagir sereinement, il est indispensable de communiquer avec précaution.
Juliette Lauzanne
* Etaient présents à cette table ronde :
Dr Norbert GUALDE, Immunologiste, Professeur à l’Université Victor Segalen Bordeaux IIPr Gabriel WACKERMANN, Professeur émérite de Géographie humaine et économique Université Paris VII Sorbonne
Marc GUILLAUME, Professeur à l’Université Paris Dauphine
Élisabeth ROUDINESCO, Historienne et psychanalyste, directrice de recherche à l’Université Paris VII
Denis Diderot,
Laurent BAZIN, animateur du débat et Dominique LECOURT, philosophe.Click Here: Bape Kid 1st Camo Ape Head rompers

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