Le racisme est mauvais pour la tension artérielle… de ses victimes

Et si subir un comportement raciste, de la part d’un individu ou de la société, provoquait une hausse de la tension ? C’est ce qui ressort d’une analyse bibliographique publiée dans l’American Journal of hypertension. Les conditions de vie et le stress générés par les discriminations seraient à l’origine d’un risque cardiovasculaire plus élevé.

Les Noirs davantage hypertendus que les Blancs aux Etats-Unis30 à 40 % des Américains à la peau noire présentent une

hypertension artérielle, contre seulement 24 à 29 % des Blancs. Pourtant les personnes noires sont aussi bien informées aux Etats-Unis et ont même tendance à mieux prendre leurs traitements antihypertenseur, selon deux études récentes (

Angell SY, 2008 ;

Sarafidis PA, 2008).Devant cette anomalie, différentes équipes de chercheurs ont tenté de trouver d’autres explications à cette hausse. C’est ainsi que le racisme subi, individuel et collectif, a été pris comme hypothèse dans plusieurs études.Définition du racisme retenue par les scientifiquesLa plupart du temps,

dans ces études analysées par Elisabeth Brondolo et ses collègues de New York, le racisme a été défini comme “les croyances, attitudes, arrangements institutionnels et actes qui tendent à dénigrer des individus ou des groupes en raison de l’appartenance à un groupe avec certaines caractéristiques phénotypiques ou ethniques“. Ce racisme peut être individuel, s’exprimant par des mauvais traitements fondés sur la race, d’un individu à l’autre. Il peut aussi être présent à l’échelle d’une société (“racisme institutionnel“), avec par exemple le constat de discriminations ethniques, religieuses, à l’embauche, au logement, en prison, etc. Il a été évalué le plus souvent par des questionnaires.

Vivre en “zone difficile“ augmente la tensionUne grande étude, portant sur 91 748 mères new-yorkaises noires et blanches, a montré que leur tension artérielle était plus élevée lorsque la ségrégation était importante dans leur quartier de résidence. Cette ségrégation, ou “racisme institutionnel“, a été évaluée par un “index de ségrégation locale“ établi à partir de la composition de la population résidente (degré de concentration d’une ethnie). Elles avaient également un risque d’hypertension gravidique (pendant la grossesse) plus important (

Grady & Ramirez 2008).Un autre travail a porté sur 3 014 entretiens téléphoniques avec des hommes et femmes de Nashville. Ceux qui vivaient dans les zones comportant le plus de personnes noires (zones ghettos considérées par les auteurs comme victimes d’une sorte de racisme d’Etat) présentaient davantage d’hypertension artérielle diagnostiquée par leur médecin (

Schlundt DG 2006). Un troisième travail a porté sur l’incidence de l’hypertension chez 4 350 personnes emprisonnées. Ce sont les prisonniers ayant déjà été incarcérés auparavant (ce qui élèverait le niveau de stress), ainsi que les prisonniers les moins éduqués, qui sont le plus touchés. Or aux Etats Unis, un jeune noir de 20 à 34 ans sur 9 est emprisonné contre 1 jeune blanc sur 30 seulement. Résultat, ce sont les prisonniers noirs, plus souvent incarcérés, qui sont davantage hypertendus que les blancs (risque multiplié par 1,9) (

Wang EA, 2009).Ces 3 études montrent donc une influence négative de la ségrégation locale (ghettos ethniques, prisons) sur la tension artérielle. Le racisme subi sur le plan individuel pourrait aussi augmenter la tension

Douze études ont analysé l’influence du racisme subi, évalué par questionnaire, sur la tension artérielle auto-évaluée ou prise au repos à 2 ou 3 reprises. Résultat, seules deux de ces études ont trouvé un lien, et ces 2 recherches ont été faites sur un petit échantillon, ce qui les rend difficilement interprétables.
Par contre, les auteurs ont constaté que lorsque la tension artérielle de patients était mesurée en continu, les résultats montraient plus fréquemment une association significative, en particulier dans ces deux études récentes :
– dans un groupe de 245 personnes noires ou latinos, celles se disant victimes de racisme ont présenté une tension artérielle nocturne plus élevée que les autres, et ce indépendamment de facteurs liés à leur personnalité et de leur niveau socio-économique (

Brondolo E, 2008).
– dans un autre groupe de 52 Noirs américains, les enregistrements de la tension artérielle ont montré que ceux qui subissaient des agressions ou comportements racistes avaient davantage d’hypertension, tandis que ceux qui combattaient ce racisme (essayaient de changer les choses) avaient, au contraire, une tension plus basse. D’une manière générale, ceux qui étaient davantage exposés au racisme avaient cependant une tension plus élevée (

Singleton GJ, 2008).Le racisme, facteur de risque cardiovasculaire ? Au total, les auteurs ont donc analysé une vingtaine d’études américaines. Ils en concluent que “toutes les formes de racisme pourraient influer sur la prévalence de l’hypertension artérielle en exposant les personnes concernées au stress et à un environnement néfaste pour la santé“. En effet, ces populations discriminées cumulent d’autres facteurs de risque cardiovasculaires, liés en grande partie à leur niveau socio-économique plus faible : restriction de l’accès aux soins, davantage d’obésité, prévalence plus importante de l’alcoolisme, sédentarité, malbouffe, etc. Les auteurs recommandent donc en conclusion de poursuivre ces travaux américains en tentant d’individualiser les effets sur la santé de chaque composante discriminatoire de la société, afin d’“identifier les cibles potentielles d’une action préventive et interventionnelle“. Il serait également intéressant de mener de ce genre d’études dans les banlieues des grandes villes françaises, ghettoïsées depuis tant d’années malgré moult annonces gouvernementales, de gauche comme de droite. Nous savons déjà que le chômage, l’insécurité, l’obésité ou encore les addictions sont plus élevés dans les banlieues ghettos et pauvres, où ont été regroupés de nombreux immigrants à partir des années 60. L’espérance de vie est ainsi,

selon un rapport récent de l’Agence Régionale de Santé de l’Ile-de-France, inférieure de 2 ans en Seine-Saint-Denis par rapport aux Yvelines… Il est malheureusement tout à fait envisageable que de telles études montrent, chez les personnes discriminées françaises, une augmentation de la tension artérielle et du risque cardiovasculaire. Faut-il l’accepter ou au contraire, s’attaquer concrètement à ce problème de société ?Jean-Philippe Rivière
Sources :
– “Racism and Hypertension: A Review of the Empirica Evidence and Implications for Clinical Practice“, Brondolo E et coll., American Journal of Hypertension, février 2011, résumé

accessible en ligne (

article complet via Scribd)
– “Prevalence, awareness, treatment, and predictors of control of hypertension in New York City“, Angel SY et coll., Circulatioin;Cardiovascular Quality and Outcomes, septembre 2008, article

accessible en ligne
– “Hypertension awareness, treatment, and control in chronic kidney disease“, Sarafidis PA et coll., American Journal of Medicine, avril 2008, résumé

accessible en ligne
– “Mediating medical risk factors in the residential segregation and low birthweight relationship by race in New York City“, Grady SC et Ramirez U, health Place, décembre 2008, résumé

accessible en ligne
– “Geographic clustering of obesity, diabetes, and hypertension in Nashville, Tennessee“, Schlundt DG et coll., the journal of ambulatory care management, avril 2006, résumé

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– “Incarceration, incident hypertension, and access to health care: findings from the coronary artery risk development in young adults (CARDIA) study“, Wang EA et coll., Archives of internal medicine, avril 2009, article

accessible en ligne
– “Racism and ambulatory blood pressure in a community sample“, Brondolo E et coll., Psychosomatic Medicine, janvier 2008, article

accessible en ligne
– “Perceived Racism and Coping : Joint Predictors of Blood Pressure in Black Americans”, Singleton GJ et coll., Negro Educational Review, printemps 2008, résumé

accessible en ligne
– “En Ile-de-France, les inégalités en matière de santé se creusent“, Le Parisien, 21 janvier 2011, article

accessible en ligneClick Here: West Coast Eagles Guernsey

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