Le médicament T-DM1 démontre son efficacité contre des cancers du sein très agressifs

La combinaison de deux molécules permet de retarder l’évolution de certains cancers du sein particulièrement agressifs, tout en présentant très peu d’effets secondaires. Ces résultats encourageants pourraient demain changer la prise en charge de nombreuses femmes.

Véritable frappe chirurgicale, le nouveau médicament T-DM1 retarde la progression de cancers du sein agressifs avec moins d'effets secondaires.

Retour sur la révolution Herceptin ®Vingt à 25 % des cancers du sein présentent à leur surface des récepteurs, HER2, qui, lorsqu’ils sont stimulés, vont stimuler la croissance de la cellule cancéreuse et sa possibilité d’essaimer ailleurs dans l’organisme. Plus agressifs et plus à risque de se disséminer dans l’organisme, ces cancers HER2+ ont longtemps été de mauvais pronostic, jusqu’à l’arrivée du trastuzumab (commercialisée sous le nom d’

Herceptin ® par le laboratoire Roche). Indiqué face aux cancers très avancés (sa première indication), il a permis de

gagner plusieurs mois de vie1. Et lorsqu’il est administré à des stades précoces après une chimiothérapie, il réduit les risques de récidives et permet donc de guérir plus de patientes2,3.Aujourd’hui, une nouvelle forme de ce médicament pourrait aller plus loin encore en associant l’efficacité et le ciblage de l’Herceptin avec le pouvoir toxique d’une chimiothérapie délivrée au niveau de la cellule cancéreuse. Les résultats de ce produit constituent l’une des grandes annonces du congrès américain sur le cancer ASCO 2012.Booster l’efficacité de la chimiothérapie sans les effets secondairesLe trastuzumab emtansine (dénomination commune internationale pour le T-DM1 mis au point par le même laboratoire) est un conjugué anticorps-médicament (antibody-drug conjugate = ADC). Tout comme l’Herceptin ®, il va bloquer le récepteur HER2 (et donc réduire la croissance de la tumeur et mobiliser le système immunitaire contre ces cellules cancéreuses), mais il va aussi délivrer une chimiothérapie directement à l’intérieur ces cellules cancéreuses. La chimiothérapie utilisée est l’emtansine, un composé si toxique qu’on a renoncé à l’utiliser en perfusion. Mais avec ce mode de délivrance très ciblé (au niveau de la cellule), le T-DM1 bénéficie de son efficacité sans souffrir de sa toxicité4,5.Il est ainsi possible d’administrer des doses très puissantes de cytotoxiques directement au niveau de la tumeur, alors que de telles doses délivrées par la voie classique ne seraient pas tolérées. Le mécanisme d’action est présentée ci-dessous dans la vidéo en anglais du laboratoire Roche.

Cheval de Troie, Skud, missile ciblé… les analogies ne manquent pas pour expliquer le mécanisme dont l’efficacité restait cependant à démontrer. Ce qui a été fait grâce à l’étude internationale EMILIA présentée lors du congrès de l’ASCO 2012.Le T-DM1 retarde la progression de la maladie avec moins d’effets secondaires

Près de 1000 patientes atteintes d’un cancer du sein HER2+ métastasé (dont les cellules cancéreuses ont essaimé dans l’organisme pour créer d’autres tumeurs ou métastases). La moitié de ces femmes ont reçu le T-DM1 et l’autre moitié le traitement classique de référence une chimiothérapie par capecitabine (

Xeloda ®) et du lapatinib (

Tyverb ®). La période durant laquelle la maladie n’a pas progressé (appelée survie sans progression) a été de 9,6 mois sous T-DM1 contre 6,4 mois dans l’autre groupe. La réduction du risque d’aggravation a été évaluée à – 35 %. La médiane de survie globale (période à laquelle la moitié des patients sont toujours en vie) est de 23,3 mois pour les patientes sous Xeloda et Tyverb. Dans le groupe T-DM1, les données ne sont pas disponibles car après deux ans, plus de la moitié des femmes sont toujours en vie. On constate cependant qu’après deux ans, 65,4 % des patientes sous T-DM1 étaient encore en vie, contre 47,5 % dans l’autre groupe.Au-delà de ces résultats très encourageants sur le plan thérapeutique, la bonne nouvelle est que les femmes sous T-DM1 ont moins d’effets secondaires que celles de l’autre groupe (40,8 % contre 57 % pour les effets secondaires sévères) ; soit moins de diarrhées, de syndrome main-pieds6, de nausées et pas de perte de cheveux comme le souligne le Pr. Kimberly Blackwell du Duke Cancer Institute et principale auteur de cette étude : “Ce médicament est efficace. Il apparaît réellement meilleur que le traitement approuvé pour les cancers du sein HER2+ métastatique. Enfin, en tant que clinicienne prenant en charge de nombreuses femmes atteintes de cancer du sein, j’apprécie que ce médicament soit très peu toxique. Les patientes ne perdent plus leurs cheveux avec ce médicament“.La faible toxicité du T-DM1 (à surveiller sur le plan cardiaque cependant) est telle que beaucoup s’interrogent sur la possibilité d’utiliser ce médicament sur des formes moins avancées de cancer du sein, en remplacement de l’Herceptin ®. D’autres études devront répondre à cette question, tout comme elles devront permettre de savoir s’il est possible d’associer ce médicament au

pertuzumab, qui a démontré son intérêt pour les femmes dont le cancer métastatique qui échappait au traitement par Herceptin7.David Bême1 – Use of Chemotherapy plus a Monoclonal Antibody against HER2 for Metastatic Breast Cancer That Overexpresses HER2 – N Engl J Med 2001; 344:783-792 – March 15, 2001 (

étude accessible en ligne)2 – Trastuzumab plus Adjuvant Chemotherapy for Operable HER2-Positive Breast Cancer – Edward H. Romond et al. – N Engl J Med 2005;353:1673-84. (

article accessible en ligne)3 – Trastuzumab after Adjuvant Chemotherapy in HER2-Positive Breast Cancer – Martine J. Piccart-Gebhart et al. – N Engl J Med 2005;353:1659-72. (

article accessible en ligne)4 – Pour un tel attelage Herceptin + emtansine, un agent de liaison stable permet de maintenir l’ensemble jusqu’à ce qu’il ait atteint des cellules cancéreuses spécifiques (et ne délivre pas le cytotoxique avant d’avoir atteint sa cible). Une fois le trastuzumab emtansine (T-DM1) internalisé dans les cellules cancéreuses, les métabolites du conjugué contenant le DM1 détruisent spécifiquement ces cellules.5 – Trastuzumab Emtansine (T-DM1): A Novel Agent for Targeting HER2(+) Breast Cancer.- Burris HA 3rd, Tibbitts J, Holden SN, Sliwkowski MX, Lewis Phillips GD. – Clin Breast Cancer. 2011 May 18 (

abstract accessible en ligne)6 – Ce syndrome touche la paume des mains et/ou la plante des pieds. Il se caractérise par des rougeurs, des engourdissements ou des fourmillements et un dessèchement de la peau qui peut entrainer des crevasses.7 – Pertuzumab plus Trastuzumab plus Docetaxel for Metastatic Breast Cancer – José Baselga et al – NEJM December 7, 2011 (

accessible en ligne)Photo : Pr. Kimberly Blackwell© ASCO/Scott MorganClick Here: Maori All Blacks Store

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