Des chercheurs réussissent à faire rajeunir des souris !

Une équipe de chercheurs d’Harvard a réussi à faire “rajeunir“ plusieurs organes altérés, dégénérés, vieillis, en agissant sur les télomères, petites structures aux extrémités des chromosomes. Certes, il s’agit une expérience menée sur des souris, dont les organes n’ont pas vieilli naturellement. Mais ces résultats spectaculaires confirment le rôle crucial des télomères dans le vieillissement et laisse envisager la possibilité d’inverser ce dernier…Un télomère, qu’est-ce que c’est ?Les télomères ont été découverts seulement en 1984 par trois chercheurs américains, ce qui leur a valu le Prix Nobel de médecine en 2009. Ils se sont en effet aperçu que les chromosomes étaient protégés par un petit “bonnet“ d’ADN à chaque extrémité, les télomères, ce qui explique que lors des multiples divisions cellulaires, les chromosomes ne s’abiment pas.

Mais si les télomères sont plus petits (séquence ADN plus courte), la cellule vieillit. D’ailleurs certaines maladies rares touchant les télomères semblent faire vieillir prématurément. D’où l’idée de trouver un moyen d’agir sur la télomérase, l’enzyme qui fabrique ces télomères : en renforçant cette dernière, il serait possible de maintenir la taille optimale des télomères, et donc la jeunesse cellulaire.
Problème : c’est exactement le mécanisme retrouvé dans la multiplication anarchique des cellules cancéreuses, via une mutation de la télomérase. Donc si l’on augmente le niveau de télomérase, il faudra trouver un moyen pour qu’elle n’agisse que sur les cellules saines, et non sur des cellules mutées, par exemple pré-cancéreuses… Par ailleurs d’autres recherches ont démontré que les télomères ne sont pas les seuls responsables du vieillissement cellulaire.
Il ne s’agit donc pas de “la solution contre le vieillissement“, mais plutôt d’une piste de recherche très prometteuse : une action ciblée pourrait viser certains organes altérés, certains processus du vieillissement humain.

Un rajeunissement spectaculaire des souris, y compris neuronal
Ronald A. DePinho et ses collègues d’Harvard (Boston, USA) ont modifié génétiquement des souris afin qu’elles n’aient pas de télomérase. Ces pauvres rongeurs vieillissent plus vite, sont peu fertiles et souffrent rapidement d’

ostéoporose, de

diabète, de maladies neurodégénératives. Elles meurent également plus vite, ce qui, selon Ronald DePinho, confirme déjà que “la diminution de la télomérase pourrait être un instigateur très important du processus de vieillissement“.
Ces chercheurs ont ensuite cherché à savoir si ce processus de vieillissement était réversible. Pour cela, ils ont administré aux souris adultes pendant un mois un médicament, le 4-hydroxytamoxifen (4-OHT), qui réactive la fabrication de la télomérase.
Ils ont alors observé une “inversion spectaculaire des effets“ de l’absence de télomérase : la taille des testicules est redevenue normale et les souris sont redevenues fertiles. D’autres organes, comme la rate, le foie et les intestins, ont également retrouvé une nouvelle jeunesse (disparition des signes de dégénérescence). De plus le cerveau a augmenté de volume, avec production de nouveaux neurones (alors qu’à l’âge adulte les neurones ne se renouvellent normalement pas).
Selon Mr DePinho, ces résultats étonnants montreraient que “les troubles liés à l’âge sont réversibles“ , ce qui pourrait être utile en cas de vieillissement prématuré (en cas de

progeria par exemple), ou même en cas de vieillissement tout court…
De multiples obstacles à lever
Cette expérience est donc très prometteuse, mais ne doit pas faire croire à la mise au point imminente d’un médicament “télomérase-booster“ qui nous ferait retrouver nos vingt ans. En effet ces souris sont particulières, les organes ont été vieillis de manière accélérée et artificiellement (en bloquant la télomérase), rien ne dit qu’un tel résultat est possible chez une souris âgée standard, et ensuite chez l’homme.
De plus les écueils évoqués plus haut, celui du vieillissement multifactoriel et celui de la présence de cellules cancéreuses dormantes dans l’organisme vieillissant, pourraient empêcher une action sur les télomères, même si ces souris “rajeunies“ n’ont pas présenté de cancer précoce (Mr DePinho fait cependant valoir que la télomérase pourrait au contraire, en empêchant les cellules de se dégrader avec le temps, bloquer leur évolution vers un stade cancéreux…).
Ces résultats montrent donc qu’il est possible d’inverser, sous certaines conditions certes, le vieillissement. Il sera tout d’abord intéressant de savoir si les souris “rajeunies“ vont vieillir moins vite, ou si elles vivront aussi longtemps que leurs voisines de paillasse, mais en étant en bien meilleure santé.
D’autres travaux, dans les années qui viennent, iront sûrement plus loin : peut-être pourra-t-on également, un jour, rajeunir seulement les télomères d’un organe défaillant ? Réponses dans quelques mois ou années, en fonction des travaux à venir de la recherche médicale…
Jean-Philippe Rivière
Sources :
– “Telomerase reactivation reverses tissue degeneration in aged telomerase-deficient mice“, Jaskelioff M et coll., Nature, 28 novembre 2010, résumé

accessible en ligne
– “Telomerase reverses ageing process“, Nature News, 28 novembre 2010, article

accessible en ligne

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