Dents de sagesse : les extraire ou pas ?

La nature n’est pas toujours bien faite ! Elle a pourvu la majorité d’entre nous de dents de sagesse sans toujours prévoir la place nécessaire pour qu’elles évoluent normalement. Dans quels cas faut-il les extraire ? Comment se déroule l’opération ? Toutes les réponses avec le Dr Robichon de la Pitié-Salpetrière (Paris).

Il arrive que les dents de sagesse portent bien mal leur nom ets’entêtent à vouloir pointer leur nez alors qu’aucuneplace n’est prévue pour elles… Le point au lendemain desEntretiens de Garancière qui ont réuni les plusgrands experts français en chirurgie dentaire.Rencontre de la troisième molaireCouper, mastiquer, broyer… Nos dents ne chôment pas !Incisives, canines, molaires et prémolaires agissent deconcert. Panorama rapide de cette équipe infatigable. Chaquearcade dentaire dispose de deux incisives centrales, deux incisiveslatérales, deux canines, quatre prémolaires et quatremolaires, disposées symétriquement. Mais chezcertaines personnes ce casting est complété par desdents de sagesses, qui se forment au cours de l’enfance.Normalement, elles sont au nombre de quatre. Mais les uns n’enpossèdent que trois, d’autres deux, une, voire pas dutout.Dès 8-10 ans, l’ébauche des dents est visibleà la radiographie. A l’âge de 12 ans, la couronne estformée. Les racines sont terminées vers 17-18 ans, cequi correspond à l’âge moyen d’éruption. A 25ans, 90 % des dents de sagesse ayant suffisamment de place surl’arcade ont fait éruption. Mais il arrive que cesinvités tardifs aient du mal à se frayer unchemin…Pourquoi posent-elles problème ?Dans certains cas, ces dents de sagesse restent incluses,c’est-à-dire tranquillement dans l’os sans se manifester…Mais il arrive qu’elles s’infectent ou qu’elles pointent leur nezavec fracas en provoquant des dégâts sur d’autresdents. C’est surtout vrai pour les dents de sagesse de lamandibule, c’est-à-dire l’arcade inférieure. Uneextraction peut alors être envisagée, soit àtitre préventif, soit lorsqu’un problème surgit. Pourles spécialistes, cette intervention a plusieurs raisonsd’être :Par manque de placeDans le cadre d’un traitement orthodontique, lorsque les dentsn’ont manifestement pas la place sur l’arcade. “Les dents desagesse sont extraites avant d’être complètementformées, on parle de germectomie (extraction de la dentà l’état de germe). Cette intervention peutêtre réalisée dès l’âge de 12-14ans“ nous précise le Dr Fabienne Robichon, de laPitié Salpetrière (Paris VII). Cette opérationest prescrite après avoir réalisé unorthopantomogramme (OPT), radiographie des deux maxillairescommunément appelée panoramique.En raison d’accidentsd’évolutionLorsque la dent ne fait pas son éruption comme il faudrait,elle peut être à l’origine de divers problèmes:
– Le plus fréquent est la “péricoronarite“,inflammation des tissus qui entourent la dent. Cette infectionsurvient sur les dents de sagesse qui sont à moitiésorties, offrant une porte d’entrée aux bactéries.Douleurs, gêne, difficultés à ouvrir la bouche(trismus), difficultés à s’alimenter (dysphagie)…sont généralement au rendez-vous. Face à untel problème, le chirurgien-dentiste maîtrisera toutd’abord l’infection par la prescription d’antibiotiques et de bainsde bouche. Selon le Dr Robichon, “Tout peut alors rentrer dansl’ordre rapidement. Mais lorsque l’infection a tendance à serépéter (deux ou trois fois), il estpréférable de procéder à l’extractiondes dents de sagesse“ ;
– Autres incidents possibles : les dents de sagesses peuventprovoquer des déplacements ou des infections des dentsadjacentes.En cas de carie“Du fait de leur morphologie atypique, le traitement des cariessurvenant sur des dents de sagesse peut poser problèmes.Face au risque plus important de récidive, l’option del’extraction peut être retenue“ nous précise le DrRobichon.A titre préventifL’extraction des dents de sagesse à titre préventiffait l’objet de débats. Certains spécialistesrappellent qu’il n’existe pas de preuves démontrant quecette opération prévient la récidiveorthodontique ou l’apparition des désordres incisifstardifs. En revanche, une surveillance régulière del’évolution des dents de sagesse est recommandée.L’opération à proprement parler
Tout chirurgien-dentiste est théoriquement habilitéà extraire une dent de sagesse. Mais dans la pratique, onvous orientera le plus souvent vers un spécialiste dechirurgie buccale. Il s’agit en effet d’un acte pouvants’avérer délicat.
Généralement, cette opération nécessiteune prémédication : antibiotique pendant 6 joursà partir de l’intervention, un anti-inflammatoirestéroïdien permettra également de diminuerl’oedème. Le Dr Robichon précise que “l’extractionpeut avoir lieu sous anesthésie locale ou régionale.Il y a aujourd’hui très peu d’indications d’interventionsous anesthésie générale, qui implique unehospitalisation. Compte-tenu des risques liés à cetacte, l’anesthésie générale doit êtreréellement exceptionnelle“.
Les anesthésiants peuvent aujourd’hui êtreinjectés via des aiguilles de plus en plus fines. Selon ladisposition et le nombre de dents à extraire, l’extractionpourra se faire en une ou deux fois. “Si les dents àextraire posent peu de problème, il est possible de toutesles enlever en une seule fois. Mais plusgénéralement, on procède en deux fois : uncôté puis l’autre. Les patients éprouvent alorsmoins de difficulté pour s’alimenter“ nous déclare leDr Robichon.Dire que cette intervention est un agréable moment àpasser serait néanmoins exagérément optimiste.Malgré l’absence de douleurs pendant l’intervention,l’extraction nécessite de la part du dentiste uneénergie qui peut se révéler un peudéconcertante… “Il est aujourd’hui possible de couper ladent en plusieurs fois avant de l’extraire, ce qui limite letraumatisme“ tempère le Dr Robichon. Une foisdébarrassé(e) de ces molaires inutiles, vous nedevriez pas garder une dent contre votre dentiste. En guise desouvenirs, il vous faudra faire preuve d’imagination pour alternerpurée et yaourt pendant quelques jours. Parfois, unhématome aux couleurs variées saura égalementvous distinguer. “Les suites de l’opération sont trèsvariables d’un individu à l’autre. On sait cependant que letemps de cicatrisation sera plus long si vous êtes fumeur…Après l’opération, le meilleur anti-inflammatoirereste la poche de glace“ conclut le Dr Robichon.En plus de ces blessures de guerre, sachez que vous pourrez vousvanter d’être une espèce en voie d’extinction.Aujourd’hui, l’absence de dents de sagesse est de plus en plusfréquente. Non pas parce que nos chers enfants sont de plusen plus turbulents, mais notre alimentation a changé et deuxmolaires suffisent amplement…David BêmeSource : 30e Entretiens de Garancière – du 21 au 24septembre 2004

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