Cancer colorectal : nouvelle campagne pour inciter les Français à se faire dépister

Cinq ans après son déploiement, le taux de participation au dépistage organisé du cancer colorectal ne décolle toujours pas, plafonnant à 32% de la population cible au lieu des 45% nécessaires.

L'INCa relance sa campagne d'incitation au dépistage du cancer colorectal

A l’occasion du mois de mars, dédié à la lutte contre le cancer colorectal, l’Institut national du cancer (INCa) relance sa campagne de sensibilisation pour inciter les 17 millions de Français concernés à réaliser un test de dépistage.L’intérêt du dépistageAvec environ 40 500 nouveaux cas par an, le

cancer colorectal figure en 3ème position des cancers les plus fréquents, derrière le cancer de la prostate (71 000 nouveaux cas) et le cancer du sein (53 000). La grande majorité (60 à 80 %) de ces cancers se développent à partir d’un polype ou d’un adénome, dont on estime que 2,5 % deviendront cancéreux. Cette transformation d’une tumeur bénigne en une tumeur maligne dure environ dix ans. Pendant ce laps de temps, le cancer évolue à bas bruit, sans que la personne touchée ne présente de symptôme. En conséquence, les signes d’alerte (sang dans les selles, troubles du transit et douleurs abdominales d’apparition récente et inexpliquée, amaigrissement inexpliqué) surviennent généralement alors que le cancer est déjà assez avancé et qu’il nécessite des traitements lourds.Effectif sur l’ensemble du territoire en 2009, après des expérimentations dans plusieurs départements pilotes initiées dès 2003, le dépistage organisé permet de détecter des adénomes mais aussi des cancers à un stade très précoce de leur développement, lorsque le taux de survie à 5 ans dépasse 90 %. Il repose sur un test de détection occulte de sang dans les selles puis, en cas de positivité, sur une coloscopie. Il est gratuit et doit être fait tous les deux ans. Comme pour tout dépistage organisé, son efficacité repose sur un taux de participation élevé de la population-cible (50-74 ans) : si ce taux atteint 50 %, il permet ainsi de réduire de 15 à 20 % la mortalité par cancer colorectal, rappelle l’INCa.Un bilan en demi-teinteSelon un bilan dressé fin 2011 par l’Institut national de veille sanitaire (InVS)1, près de 17 millions de personnes âgées de 50 à 74 ans ont été invitées à participer au dépistage organisé entre 2009 et 2010. Seul un tiers d’entre elles (34 %) l’ont fait, les femmes se montrant légèrement plus promptes à suivre les recommandations (34% de participantes contre 30 % d’hommes).L’InVS a observé des disparités géographiques importantes au niveau régional, où la Bourgogne enregistre à nouveau le meilleur score de participation (47,5 %, en baisse par rapport à l’année précédente où le taux atteignait 52,4 %), tandis que la Corse fait figure de lanterne rouge (8,3 % pour sa première participation au dépistage organisé). Au niveau départemental, seuls cinq départements atteignent ou dépassent les objectifs de participation : le Cher, la Côte d’Or (50 %), le Haut-Rhin, l’Isère et la Saône-et-Loire. Au total, 126 332 tests se sont révélés positifs, soit 2,6 % de l’ensemble des examens réalisés. Si l’on considère l’ensemble de la période 2003-2009, depuis la mise en place des premiers dispositifs de dépistage organisé dans les départements pilotes, l’efficacité du programme se mesure au nombre de cancers dépistés : plus de 13 500, sans compter les 54 000 adénomes dont 31 000 à risque.Manque de dialogue médecin-patient

Comme chaque année depuis maintenant 5 ans, le mois de mars est consacré à la mobilisation contre le cancer colorectal. L’INCa saisit cette opportunité pour améliorer la participation au dépistage organisé de ce cancer, en relançant sa campagne de mobilisation.Partant du constat que le sujet n’est pas suffisamment abordé en consultation2, que ce soit par les patients (42 % seulement en parlent spontanément) ou les médecins généralistes (52 %), l’institut veut créer une parole réflexe chez les quinquagénaires afin d’améliorer les connaissances à l’égard du test de dépistage et lever ainsi les freins dont il est victime. Parmi ceux-ci, le fait que comparé aux autres cancers qui font l’objet d’un dépistage organisé, le cancer colorectal est lui dépisté depuis peu et surtout les modalités du test nécessitent une adhésion et un rôle actif de la part de la personne qui l’effectue, souligne l’INCa.Une campagne d’envergureLa nouvelle campagne, lancée le 1er mars, durera un mois. Elle s’appuie sur l’ensemble des supports médias (télévision, radio, presse, Internet) et repose sur une invitation claire : “Dès 50 ans, c’est le moment… de parler du dépistage du cancer colorectal à son médecin traitant“.Pour la campagne TV, qui doit être diffusée du 4 au 25 mars, l’INCa a choisi d’adopter un ton humoristique pour marquer l’esprit du grand public en parodiant le jeu télévisé “Des chiffres et des lettres“. Pour expliquer les modalités concrètes du dépistage (dont encore 33 % des gens pensent qu’il repose directement sur une coloscopie³), un film d’animation de 2 minutes sera accessible sur la page dédiée de l’INCa. Une version courte de ce film sera également visible dans 1 600 bureaux de poste du 5 au 18 mars.

Certaines populations susceptibles d’une moins bonne participation vont faire l’objet d’un dispositif renforcé : il s’agit notamment des hommes de 50 à 54 ans et des populations migrantes. Pour ces dernières, une campagne radio ainsi que des émissions spéciales sont prévues sur les stations les plus populaires, une campagne d’affichage va cibler les téléboutiques, un partenariat est prévu avec la Caisse d’Allocations Familiales…Vers une évolution des tests de dépistage ?Les tests utilisés jusque-là sont des tests au gaïac. Ils devraient toutefois être remplacés par des tests immunologiques à lecture automatisée, dont il a été prouvé qu’ils sont plus spécifiques, plus sensibles et plus fiables. Le comité national stratégique du dépistage des cancers a en effet donné son accord en début d’année pour l’utilisation de ces tests. Compte tenu des délais liés notamment à la rédaction du cahier des charges et à l’appel d’offre européen pour la mise en concurrence des différents fabricants, les tests immunologiques ne devraient cependant pas être disponibles avant 2013, a prévenu Nora Berra.Amélie PelletierSources :Dossier de presse du ministère de la Santé, de l’Institut national du cancer (INCa), de l’Institut de veille sanitaire (InVS), de l’Assurance maladie, 1er mars 2012.1.

Évaluation du programme de dépistage du cancer colorectal, InVS, 1er mars 20122. Enquête barométrique INCA/BVA-2010, “Médecins généralistes et les dépistages des cancers“.3. Enquête barométrique INCa/BVA, “Les Français face au dépistage des cancers“, janvier-février 2009.Click Here: Cardiff Blues Store

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *